La double nature humaine

D’un être clément, généreux, miséricordieux, on dit qu’il se montre « humain » ou se comporte avec humanité ; un tel est un humaniste ; tel autre œuvre dans l’humanitaire, car il nourrit, il soigne.

Mais face à un comportement déplorable – lâcheté, corruption, trahison… – on dit aussi, avec une compréhension teintée de tristesse : « Hélas, c’est humain ! »

Le double sens de ce mot, tantôt élogieux, tantôt péjoratif, révèle la double nature de cet être complexe qu’est l’homme.

1 - Qu'est-ce que "moi" ?
Celui qui dit « moi, je… » sait-il toujours vraiment de qui il parle ? Lorsqu’il dit « je suis… » (malade ou bien portant, malheureux ou heureux), « je veux… » (de l’argent, une voiture, une femme), « j’ai… » (tel désir, tel goût, telle opinion), il croit qu’il s’agit réellement de lui. Et c’est justement là qu’il se trompe. Comme les humains ne se sont jamais analysés en profondeur pour connaître leur véritable nature, ils s’identifient sans cesse à ce « je » représenté par leur corps physique, leurs instincts, leurs désirs, leurs sentiments, leurs pensées.
Mais s’ils cherchent maintenant à se retrouver par l’étude et la méditation, au-delà de toutes les apparences ils parviendront à découvrir que leur véritable moi se confond avec Dieu Lui-même. Car la réalité, c’est qu’il n’existe pas une multitude d’êtres séparés, mais un Être unique qui travaille dans toutes ses créatures, qui les anime et se manifeste à travers elles, même à leur insu. Quand ils arriveront à sentir cette réalité, les humains se rapprocheront de la Source divine où ils ont tous leur origine.

 

Omraam Mikhaël Aïvanhov, Pensées Quotidiennes 2016, 20 août
2 - Prendre conscience de nos impulsions
Chacun a son tempérament et, d’après sa nature, il aime ceci, il n’aime pas cela, c’est normal. Qu’on ait des désirs, des impulsions, c’est entendu, il n’y a pas de doute, chacun est poussé par des forces instinctives ; que cela vienne de l’estomac, des intestins, du sexe, il y a toujours quelque chose qui pousse, mais est-ce que c’est une raison pour se laisser aller ? S’il ne fait pas intervenir un élément supérieur qui s’appelle l’intelligence, la maîtrise, la volonté, le caractère, la lumière, qui est là pour contrôler, orienter, diriger, on peut lui prédire sans risque de se tromper qu’il marche directement vers les précipices.
C’est pourquoi, devant chaque impulsion qui vous traverse, dites-vous : « Voyons, qu’est-ce que ça donnera si je lui donne une issue ? » Bien sûr, tant que votre conscience n’est pas éveillée, il y a encore beaucoup de choses qui peuvent vous réjouir, c’est entendu ; seulement ces joies se transformeront en souffrances, en amertumes, en regrets. Tandis que les joies d’un être sage, éclairé, restent de l’or pur. Il ne faut pas se priver de joies ni de plaisirs, mais seulement connaître leur nature et les remplacer par des joies et des plaisirs meilleurs, plus purs, plus nobles, plus bénéfiques.

 

Oeuvres Complètes, tome XXI (éd. 1984), 11 octobre
3 - Discernement
Dans mes conférences, je me suis souvent arrêté sur cette question si importante des deux natures de l’être humain : la nature inférieure, instinctive, que j’ai appelée « la personnalité » ; et la nature supérieure, la nature divine, qui dort encore en chacun de nous car nous n’avons jamais pris la peine de la développer, et que j’ai appelée « l’individualité ». Ces deux natures sont là en l’homme, tellement mélangées qu’il ne lui est pas toujours possible de discerner laquelle des deux est en train de se manifester : et souvent quand il croit agir avec honnêteté, intégrité, c’est en réalité sa nature inférieure qu’il est en train de suivre, et il se conduit à la façon d’un animal. Si de nos jours le désordre et l’égoïsme sont devenus la loi, c’est que la plupart des humains trouvent normal de suivre leur nature inférieure, qui est toujours désireuse de n’en faire qu’à sa tête et de satisfaire tous ses caprices aux dépens d’autrui… comme si elle seule au monde existait.

 

Izvor n° 206, Une philosophie de l’Universel, chap. VIII
4 - La personnalité
Est-il vrai que nous avons en permanence un démon à notre gauche et un ange à notre droite, comme on nous les a parfois dépeints ? Eh bien, je crois qu’ils y sont, mais sous quelle forme, c’est une autre question. Ce qui est sûr, c’est que nous possédons deux natures de tendances vraiment opposées : l’une qui tire tout à soi, l’autre qui se montre plus large, plus généreuse, impartiale, impersonnelle.
Quand on étudie la première, on lui trouve bien sûr quelques qualités, mais si on la prend pour guide, les résultats sont catastrophiques à tous les points de vue, car elle est égoïste dans ses décisions, dure dans ses jugements, sans amour, sans sagesse. Elle réclame, elle revendique, elle exige, elle veut tout avaler, tout dominer, elle est nerveuse, vulnérable, susceptible, elle possède tous les défauts… Seulement voilà, elle est comme une vieille grand-mère très riche qui possède tous les trésors, qui tient les clés des coffres et des placards, et alors pour la contenter, on accepte, on se plie, on lui fait des concessions, et en fin de compte elle finit toujours par avoir le dessus. (…) La personnalité possède les richesses souterraines, les matériaux bruts : les instincts, les appétits, les passions, les désirs. Elle est forte et puissante. Son seul défaut est de tout faire converger vers le moi inférieur. Sinon, elle est très capable, très habile, très rusée, et elle a plus d’un tour dans son sac. Elle n’est pas absolument mauvaise car, dans son égocentrisme, elle garde, conserve, maintient et augmente les possessions de l’homme ; mais ce qui lui manque, c’est la conscience morale, les scrupules, la vraie religion, la charité, la générosité, le sacrifice, la douceur. Elle est encore très proche du monde animal.

 

O. C., tome XI, chap. II
5 - L'individualité
L’individualité au contraire possède toutes les qualités, toutes les possibilités les plus célestes, les plus rayonnantes, les plus merveilleuses. Tout ce qui est généreux, grand, noble et vraiment spirituel est inspiré par elle. Seulement, elle est une réalité encore inconnue, inexplorée : il n’existe pas tellement d’exemples, de livres, d’œuvres d’art sur ce sujet, ni de modèles pour pousser les humains vers elle. Elle reste lointaine, l’homme n’arrive pas à s’adapter à son langage, à la comprendre. Et c’est pourquoi cette nature, la plus riche et magnifique qui soit, reste toujours l’apanage d’une toute petite minorité d’êtres, que le grand nombre considère comme des déséquilibrés, des détraqués, des… ensoleillés !

 

O. C., tome XI, chap. II
L’individualité ne cesse de donner, de jaillir, de rayonner. Elle veut aider, éclairer, soutenir. Elle ne pense qu’à projeter quelque chose d’elle-même. Elle ne cherche pas à retenir ce qu’elle possède et elle ne s’irrite pas si quelqu’un vient le lui prendre. Au contraire elle est heureuse de voir que grâce à elle les autres se nourrissent, s’abreuvent, s’éclairent. Sa qualité fondamentale est de briller, de rayonner comme le soleil. Et d’ailleurs toutes les vertus ne sont en réalité rien d’autre qu’un rayonnement, une projection de lumière du centre vers la périphérie.

 

Synopsis n° 1, II, 4
6 - Un travail encore inconnu
Les religieux, les philosophes, les savants ne se sont pas arrêtés pour jeter une lumière sur ces deux natures que nous possédons tous… J’ai lu beaucoup de livres, j’ai visité de nombreux pays, rencontré beaucoup de personnes, et malheureusement j’ai constaté que les gens les plus haut placés, les intelligences les plus élevées, les plus grands penseurs ne savent pas quand ils agissent d’après la personnalité et quand ils agissent d’après l’individualité. Ils n’ont pas de notions claires, pas de critères, pas de mesures ; ils pensent que tout ce qui sort d’eux est juste et magnifique du moment que c’est eux qui le disent, eux qui le pensent, eux qui le souhaitent. Mais ils ne savent pas s’observer, ils n’analysent pas du tout ce qui se glisse en eux d’hétéroclite, de bizarre ou de diabolique.
Quand on commence à s’étudier, à s’observer, qu’est-ce qu’on trouve ? On s’aperçoit que les deux natures sont mêlées, enchevêtrées, et que l’homme n’est pas toujours assez éclairé pour discerner celle qui le pousse, et pour ne pas se laisser embarquer la plupart du temps dans la voiture de la personnalité. Or, la personnalité est une très mauvaise maîtresse, mais une excellente servante : il faut l’utiliser, la mettre au travail et en tirer profit, car elle est active, énergique, infatigable et formidablement riche. Si, à force de s’analyser, un être arrive à donner une liberté de plus en plus grande à la nature divine, pour que ce soit elle qui sans cesse se manifeste et laisse sa trace et son empreinte partout, alors il devient une divinité : c’est lui qui se libère, qui gouverne, qui dicte la situation, et la personnalité lui obéit.

 

O. C., tome XI, chap. XXII
7 - Stratégies
Méfiez-vous de la personnalité. Elle vous fait croire qu’en écoutant ses raisonnements, en suivant ses conseils, vous serez heureux ; et c’est vrai, vous aurez bien d’abord quelques petites satisfactions, mais peu de temps après, la planche se retirera et vous serez par terre. La personnalité est un as pour faire des numéros et vous embarquer dans sa voiture. Elle est très érudite, si érudite qu’elle peut faire descendre les étoiles pour vous persuader avec des arguments formidables que vous pouvez vous abandonner à tous vos mauvais penchants. Et elle vous convaincra, parce qu’il y a en elle des savants et des artistes : elle n’est pas seule, elle représente tout un monde. Elle peut même aller très loin dans le charme et la séduction. Elle sait chanter, danser, écrire des vers, regarder avec amour. Mais son but est de vous asservir et de vous manger. Pourquoi est-elle si attrayante ? Pour mieux vous avoir !

 

Synopsis n° 1, II, 2

 

Que de problèmes nous pose chaque jour la coexistence de nos deux natures, supérieure et inférieure ! Quand notre nature supérieure nous encourage à nous conduire honnêtement, à faire des efforts, nous devons aussi veiller à ce que la nature inférieure n’en soit pas informée, sinon elle viendra dresser des obstacles. C’est un principe de stratégie : les généraux qui mettent au point des plans de bataille ne les étalent pas partout, car si l’ennemi en avait connaissance il préparerait la riposte. De même, quand la nature supérieure fait des projets divins, il faut qu’elle les protège des manœuvres de la nature inférieure. Mais, alors que la nature inférieure doit ignorer ce que fait la nature supérieure, en revanche la nature supérieure doit surveiller la nature inférieure pour déjouer ses pièges, car elle est sans cesse occupée à fomenter des affaires louches. Il est donc nécessaire de garder constamment notre nature supérieure en éveil, afin qu’elle observe ce qui se passe et intervienne au besoin pour remettre de l’ordre.

 

P. Q. 2019, 9 novembre

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